(extraits du journal de Micheline, photos de Josiane, Micheline et Denys)
Mercredi 14 août 2013
Progressé en direction de Novossibirsk sur la M52. De la frontière (Tashanta jusqu’à Cherga), paysages grandioses, gorges, rivières limoneuses, montagnes et replats. Magnifique parcours, notamment le Chuyski Takt. Bonne route, enfin. Cherché un bivouac dans la région de Gorno – Altaysk durant deux heures. La pluie abondante des derniers jours a transformé la campagne en boue glaiseuse. Quand même trouvé un endroit presque sans enlisement vers une église. Loin d’être idéal, mais on dort bien; il faut se plier aux exigences du terrain, du temps, des pistes et … des capacités de nos véhicules. Il continue de pleuvoir. Le pays est de plus en plus habité. Les villages se succèdent plus rapidement. Pour les Russes, c’est une région touristique fort fréquentée. Rafting, pêche et sports de plein air. Nombreux villages isbas – bungalows, vétustes mais peuplés. Et boutiques de souvenirs qui vont avec. On y trouve des peaux de bêtes sauvages, des nains de jardins et des blanches-neige, du miel et de la verroterie ainsi qu’un artisanat assez douteux, plutôt fait machine que main. … Bonne nuit !
Jeudi 15 août 2013
Novossibirsk. Pluie abondante. Il vaut mieux rester sur le goudron. La campagne et les rues des villes et villages non goudronnées, sont transformées en bourbiers et il n’est pas rare de voir les Russes eux-mêmes pris dans la glu jusqu’aux essieux. Pris nos quartiers à l’hôtel Sibir, propre, mais spartiate. Bon restaurant. Réception sympathique et efficace. Nuit agitée car nous avons perdu l’habitude du bruit des villes.
Vendredi 16 août 2013
La M51 nous accueille sur son ruban inégal, monotone, surchargé de camions. Longues rectilignes entre les bouleaux dressés comme des codes – barres ! Soporifique. Arrêt à Barabinsk pour du change, où nos USD et EUR sont radiographiés un à un, recto – verso. L’opération prendra une heure et demie ! Avec une matrone derrière une vitre à l’épreuve des balles aussi sympathique qu’un goulag en fonction. Bivouac dans les restes des gadoues épargnées par trop d’inondations. Moustiques, tiques sont aux rendez-vous.
Samedi 17 août 2013
Omsk. Pour la visite, rien sur notre guide « Petit futé ». Heureusement le « guide Régior » nous déniaise. Vastes avenues, beaux bâtiments, et, au centre ville, peu de circulation. Les gens semblent se balader plutôt que se déplacer. Une certaine langueur traîne autant chez les piétons que les automobilistes. Le fleuve Irtych se prélasse, ignorant la vie grouillante sur ses rives. Marché magnifique, avec des légumes que l’on qualifierait de mûris en Italie ! Les tomates, les courgettes n’ont rien à envier aux marchés italiens. Ventes de champignons, pommes de terre, miel, fruits (cranberries ?), pastèques et melons, le long de la route, qui nous trimbale d’Omsk à Ishim. Le GPS veut absolument nous faire entrer au Kazakhstan pour rejoindre Ishim. Nous apercevant à temps de cette erreur, nous opérons un retour sur Omsk et … bouchons !
Encore une chose. Il n’est pas rare de croiser sur les bas-côtés de la route des voitures avec un signal de panne et le capot ouvert. N’allez jamais leur porter secours. Ce sont des Arméniens vendant de la pacotille avec force insistance.
Dimanche 18 août 2013
Deux mois que nous sommes sur les chemins ! C’était hier, et c’était il y a longtemps ! La E22, route principale, mais inégalement retapée, nous cahote le long de champs de céréales à perte de vue. Les camions se suivent et se ressemblent. Deux chauffeurs sont sortis de la route, leurs chargements éparpillés sur les bas-côtés. Nous n’avons pas encore retardé nos montres depuis la Mongolie. Etrange !
Lundi 19 août 2013
Nos GPS et autres GSM nous confirment le changement d’horaire. Nous gagnons une heure. Pluie battante. Il ne pleut pas des cordes, mais des amarrages de paquebots géants. La route, mauvaise évidemment, cache ses pièges sous l’eau et les camions que l’on croise nous arrosent copieusement. Puis, le déluge se calme, le brouillard se dissipe et la route devient bonne ! Arrêtés trois fois par les pandores : une fois, nos phares n’étaient pas conformes ; deuxième arrêt, papiers. Pas compris, pas pu lire, circulez ! Une troisième fois, grands signes de l’en-casquetté, peu clairs. On s’encolonne. Comme il semble que l’on nous oublie, nous partons. Bivouac à une centaine de km d’Ekaterinbourg. Déménagement des voisins en raison d’un nid de frelons ! Nous déménageons aussi. Les frelons sont gros comme le pouce !
Mardi 20 août 2013
Ekaterinbourg. Une veine nous avons trouvé deux places de parc à l’ombre où nous pouvions laisser les chiens sans crainte. Nous étions sur la « prospect Lénine », avenue principale de la ville. Flânerie, rêverie dans cette très grande ville, où la circulation est fluide, malgré qu’intense. Vu la statue de Trotski qui pointe son doigt sur l’université et celle de Lénine qui lève une main vers, à ce que disent les citadins, les lieux où l’on vend de la vodka.
Bivouac le long de la E22 sur Perm, agrémenté de la visite de trois chasseurs armés jusqu’aux dents et prétendant aller chasser le grizzli ! Deux sur un quad et un à pied, ils ont disparu dans la forêt avec force cris et réapparu discrètement durant la nuit … sans grizzli !
Mercredi 21 août 2013
Direction Perm où nous cherchons le musée du Goulag. A l’adresse indiquée par le « Petit futé », qui ne l’est aucunement, pas de musée. Seulement le ministère de l’agriculture. « Perm 36 » du nom de l’ancien goulag, selon les renseignements obtenus, est situé à une centaine de km au NE de la ville. Merci pour la précision « Petit Futé ».
Jeudi 22 août 2013
En faisant le plein d’eau à la pompe d’un village, nous apprenons, par GPS et téléphones réunis, que nous devons avancer nos montres de deux heures ! 08h30 à la place de 10h30. Pas étonnant que le trafic sur la route n’avait rien de féroce. Mais la valse des camions reprend assez vite et nous avons sagement suivi les effluves des mastodontes.
Vendredi 23 août 2013
Partis de notre bivouac par beau temps, bien reposés après une nuit calme et une très courte ondée. A 120 km de Kazan, appel de Jo qui nous dit que le Rover doit s’arrêter. Coup d’œil dans le rétroviseur et vision d’apocalypse. La machine fume comme si elle était en feu, Un nuage de fumée blanche masquant toute la route et d’où émerge l’avant du Land Rover. Circulation perturbée. Retour en arrière pour nous. Pourtant, rien ne brûle. Moteur arrêté. Joint de culasse ? La fumée se dissipe. Discussion. Remise en route du moteur et refumée blanche. Arrêt immédiat de celui-ci. Remorquage jusqu’à la prochaine possibilité de stationnement et on verra ! Sur l’aire de stationnement, « auscultation » du véhicule. Décision : Charger le véhicule sur une dépanneuse et en route pour la prochaine agence Rover à Kazan (quelque 120 km).
Une patrouille de la police routière, à l’affût des excès de vitesse, demande pour nous une dépanneuse (sans oublier de faire payer 30 fois le prix de l’appel téléphonique). Une heure plus tard, elle est là. Chargement et en route pour Kazan. Mais le chauffeur ne connaît pas l’adresse de l’agence Rover dans cette ville. Le chauffeur se démène comme un beau diable et il trouve. Le dépannage coûtera 6000 roubles et le chauffeur refusera une bonne-main. Une heure plus tard, un chef en chemise blanche et cravate (parlant l’anglais – c’est normal pour une agence anglaise) et deux mécaniciens s’affairent sur le véhicule. Mais comble de bizarrerie, plus de fumée blanche et un moteur qui tourne comme sur un banc d’essai (???). Après avoir changé le filtre à air et déclaré que la Russie ne connaît pas les filtres à particules, un tour sur l’autoroute avec le Land, suivi à deux mètres d’un Range flambant neuf avec le chef, les deux mécanos et un chauffeur. Arrêt sur la bande d’urgence! Vous pouvez continuer. Le chef donne son nom et celui du garage avec numéro de téléphone (il n’a plus de cartes de visite) et, sympa, il écrit « good luck » sur le papier.
Bivouac dans un champ. Nouveaux regards sur ce moteur. L’embout de l’échappement est enduit de « vert-de-gris » et le pare-chocs de poudre blanche (???). Grand salut d’un paysan qui passait avec sa moissonneuse. Nuit blanche pour les occupants du Land qui n’ont plus confiance en leur mécanique.
Samedi 24 août 2013
Kazan – Nizhniy – Novgorod, symphonie cacophonique de camions, de chantiers, d’amortisseurs qui grincent dans les trous et sur le bosses. Arrêt au super – marché Auchan à Novgorod pour trouver une nourriture « connue ». Bivouac sous les arbres, près des marigots stagnants avec moustiques à la clé. Le Land tient le coup. Le Sprinter quand à lui, « broute » au démarrage. Mais cela a commencé en Mongolie déjà et sans que l’on puisse en déterminer la cause.
Dimanche 25 août 2013
Visite de Vladimir, cathédrale de la Dormition (12e) et de la Porte d’Or. Magnifique et calme. Repris les bouchons, les chantiers et les camions (c’est pourtant dimanche !). Température nettement plus fraîche.
Lundi 26 août 2013
Arrivée à Moscou vers 11h30. Trouvé deux chambres à l’hôtel VEGA, alors que, par téléphone le jour précédent, on nous avait assurés que l’hôtel était plein. Repas ouzbek à midi et italien le soir. Demain visite de la Place Rouge avec un guide. Bonne nuit. Gamma a passé sa première nuit dans un **** !
Mardi 27 août 2013
La guide, Svetlana, nous a chaperonnés à 14h00 à l’hôtel VEGA. Départ pour le centre – ville de Moscou par le métro à cinq pas de l’hôtel. Le métro est, selon elle, le moyen le plus sûr de voyager rapidement, efficacement et dans la propreté. Effectivement. Et de plus, nous avons pu admirer ces fameuses stations à thèmes : celles des Partisans, des verriers, des mosaïques relatant l’histoire de la Russie, de Lénine. C’est beau, bien entretenu et très propre. Puis, parapluie rose posé verticalement sur son épaule, elle nous a emmenés d’un pas allègre ; place de la Révolution, place Rouge, Kremlin, cathédrale St Basile, cathédrale – mère de l’orthodoxie, la plus grande de Russie, que Staline avait détruite et transformée en piscine ouverte été comme hiver. Elle a été reconstruite copie – conforme en 2005. Magnifique ! Statues de Gogol, de Pouchkine, de Dostoïevski, de Lénine, et qui jalonnent ces lieux empreints de culture que renforce encore la présence de nombreux musées et théâtres. Ensuite flânerie le long du boulevard Arbat, un genre de Montmartre moscovite. Les trois heures étaient écoulées. Svetlana nous a reconduits au métro, nous recommandant de compter les arrêts et de descendre au 7e. Après-midi intéressante, avec une relève de la garde du monument aux victimes de la guerre et des purges staliniennes que l’on appelle pudiquement monument aux martyrs. Le pas de l’oie est sonnant tant on lève haut la gambette bottée, le geste est précis et coordonné comme une mécanique, le regard vide, les gants blancs, étincelants. On dirait une boîte à musique animée, tant cela est précis et enchaîné dans les mouvements saccadés. Et les braves gardes devront rester parfaitement figés durant la prochaine heure ! C’est beau Moscou sous le soleil enfin revenu. C’est cosmopolite, vivant, marrant aussi avec des artistes de plein air déguisés en Shrek, en corsaires, en gladiateurs ou en mannequins immobiles. Nous avons bien aimé.