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Pierre Régior présente en Suisse « AFRIQUE DU SUD, AU PAYS ARC-EN-CIEL »

Bonjour à tous,

Nous avons déjà eu l’occasion de vous parler d’Annie et Pierre Régior, amis rencontrés lors d’un bivouac au Nemrut Dagi en Turquie, ou de vous présenter l’une ou l’autre de leurs nouvelles de voyages.

Sous les hospices d’ Exploration du monde et du Service culturel Migros, Pierre Régior présentera son film AFRIQUE DU SUD AU PAYS ARC-EN-CIEL dans plusieurs salles des cantons de Vaud et du Valais au mois de février prochain. Vous trouverez les dates et lieux en suivant ce lien:

Annie et Pierre Régior contractent le virus du voyage lors d’une première découverte du Mexique. Ils y retourneront à douze reprises. Pour eux, le voyage est comme une plongée dans les profondeurs de la vie des gens et de leur environnement. Leur quête les conduit en Islande et en Alaska, en Antarctique et en Patagonie, en Mongolie et en Afrique du Sud, en Turquie et en Iran … toujours avec leur 4×4.

Pendant huit mois, ils sillonnent les routes de l’Afrique du sud à la rencontre de ses habitants et de ses secrets.

Allez voir ce merveilleux documentaire!

TURQUIE – D’AUTRES EXTRAITS DU JOURNAL DE BORD

Jeudi 3 septembre

Retrouvé le camping de notre précédent voyage. S’est pas mal déglingué dans l’intervalle. Avons renoncé à (re)visiter le site d’Ephèse que nous avions déjà vu à deux reprises en raison des files d’attente de plusieurs dizaines de mètres derrière les guichets!


Vendredi 4 septembre

Les chiens errants du camping Pamucak irritent les nôtres … 


Samedi 5 septembre

Suivi la route côtière pour Seferihisar et Urla en direction de Karaburum pour visiter cette presqu’île qui s’avance dans la mer Egée. Beaux paysages, extrêmement caillouteux, paradis des chèvres. Monté jusqu’à l’observatoire qui, de plus près, s’avère être un radar militaire. Fait demi-tour immédiatement! 

Cette presqu’île est en plein développement délirant d’hôtels, de villages de vacances et d’appartement à louer. Mais les constructions sont souvent en hauteur, assez éloignées de la mer. Quand le soleil cogne, ce doit être pénible de remonter les sentes escarpées pour rejoindre son « home sweet home » … On est à quelques encablures de la Grèce, et on s’y croit!

 

Dimanche 6 septembre

Quitté notre presqu’île par une grande chaleur, même s’il n’est que 08h00. Traversé la méga-pôle d’Izmir (2’000’0000 d’habitants) pour, ensuite, rejoindre le lac Gölcük, en jaune sur la carte. Nous avons pensé que cela valait une visite. Hélas, le dimanche est jour sacré du pique-nique. Des centaines de familles étaient entassées sur les rives de ce petit lac, occupées autour du feu à préparer le repas, dans un joyeux désordre bruyant et dans les immondices. Avons renoncé à augmenter le nombre!

Passé un col à 1030 m. et trouvé un bivouac passable sur une piste latérale difficile, donc relativement propre et sans pique-niqueurs invétérés. Perdu 5° en grimpant. Mais c’est encore bouillant! Le soir, un berger est venu nous présenter fièrement son jeune Kangal (race turque de chiens, impressionnants par leur taille, plus que par lueur méchanceté).

 

Lundi 7 septembre

Courte étape pour rejoindre le col Simar à 1470 m. d’altitude. Toujours 31°, mais avec un bon petit air et à l’ombre des pins; traversé un paysage volcanique aux alen-tours du barrage Demirköprön. Magnifique!

 

Mardi 8 septembre

Le ciel s’est couvert et la température est devenue enfin respirable. Jolie petite route qui serpente entre vallées et villages, forêts et champs en direction de Ulu Dag. Posé les pneus en haut de cette montagne exactement comme il y 6 ans. A 2000 m. d’altitude, attention les chutes de température. Apéro express, car on se gèle les pieds encore chaussés de sandales. Nuit tranquille, sommeil profond grâce à l’oxygène et la « désertitude » des lieux.

 

Mercredi 9 septembre

Tenté de visiter la presqu’île de Gemlik, en face d’Istanbul. Sommes revenus sur nos pas: les bords des routes sont des dépotoirs malodorants et les plages regorgent les détritus de la mer et de poubelles. Le long de la mer de Marmara, il y a des endroits idylliques, mais …

 

Jeudi 10 septembre

Cap sur Canakkale et ferry pour traverser le détroit des Dardanelles afin de rejoindre Eceabat puis la mer Egée. Bivouac sous les pins dans un « PikNik Alani » (aire de pique-niques). Comme les employés communaux procédaient à son nettoyage, nous avons dû déménager notre bivouac, avec l’aide spontanée de ces nettoyeurs pour transférer tables et chaises, de quelques mètres afin de leur laisser le champ libre. Vraiment serviables!

 

Vendredi 11 septembre

Tour de la presqu’île de Gallipoli et recher-ché camping ou bivouac. Décevant, tant la saleté et les détritus sont repoussants. Enfin trouvé un refuge sommaire entre une route passante et une mer de Marmara prolixe en méduses … .


Samedi 12 septembre

Courte étape par Corlu pour atteindre Kiyiköy à travers des forêts si denses, qu’on dirait la jungle. C’est une petite cité sur la mer Noire, peu touristique et sans grand intérêt, si ce n’est sa porte d’entrée qui se découpe dans un reste de muraille. Au retour, arrêt dans un « Piknik Alani ». Restaurant à midi sous une pluie battante, la première vraiment sérieuse depuis notre départ! Buffles gardés par un berger et deux puissants kangals.


Dimanche 13 septembre

Etape sur Edirne où nous retrouvons le camping Omür; les vacances en Turquie se terminent là où elles ont commencé.

Ci-dessous, quelques photos de Josiane pour ces quelques jours … :

PAMUCAK – Sur la plage (04.09.2015/Jo)
PAMUCAK – La plage (04.09.2015/Jo)
PAMUCAK – La plage (04.09.2015/Jo)
Presqu’île de KARABURUM – (05.09.2014/Jo)
Presqu’île de KARABURUM – (05.09.2014/Jo)

TURQUIE – QUELQUES EXTRAITS DU JOURNAL DE BORD

D’Islande, dans leur dernière lettre, nos amis Annie et Pierre nous signalent aujourd’hui un « été exceptionnel », basses températures en juin, abondance inhabituelle de pluie en août et de mauvaises prévisions pour le début septembre. On les envie quand même un peu: ici, en Turquie, depuis un mois, c’est l’opposé; des chaleurs inhabituelles de quelque 40° pratiquement tous les jours nous obligent à chercher des bivouacs en altitude!

Notre dernier message vous a été envoyé depuis la Cappadoce, en Anatolie centrale, où nous avons passé plusieurs jours.

Quelques extraits du journal de Micheline depuis ces moments-là:

Lundi 24 août

Journée lessive, « service de parc » et … repos.

Mardi 25 août

Visite du musée en plein air de Göreme, ses églises peintes et ensembles monastiques chrétiens  creusés dans la roche; la cité souterraine de Derinkuyu et ses vendeuses de poupées qui nous réceptionnent et nous assaillent  de « welcome Madame », vantant leurs souvenirs à coup d’arguments incompréhensibles. Elles confectionnent, assises à même le sol, les costumes rutilants qui habillent ces drôles de marionnettes. C’est tout un spectacle! …

Göreme – Karanlik Kilisesi

Mercredi 26 août

Citadelle d’Uçhisar avant les bus touristiques… Arrêt gourmet dans une locanta villageoise à l’abri des flots des amateurs de selfies! Excellent! On a même pu emporter les verres de terre cuite de Cappadoce.

Uçhisar – la Citadelle

Uçhisar – « Appartement » sous la citadelle

Vendredi 28 août

Visite de la vallée des « Cheminées des fées » et thé sur la terrasse qui surplombe le canyon.

Göreme – Cheminées des fées

Samedi 29 août

Quitté notre camp Kaya à Göreme pour Aksaray et Konya. Des collines au loin et une morne plaine, cultivée et, semble-t-il, fertile nous accompagne tout au long du trajet. Le vent soulève la terre sèche des champs et embrume notre horizon. … Lors de notre arrêt à midi, en bordure d’un champ, des paysans nous ont offert du lait et une pastèque. Sympa comme tout!

Dimanche 30 août

Arrêt à la mosquée seldjoukide de Beysehir, construite en 1294, et en bois de cèdre. Une mariée en somptueuse robe blanche en sortait au moment de notre arrivée. …

Beysehir – mosquée construite en 1294!

Lundi 31 août

Trajet en direction de la mer (Manargat, Antalya). … Le thermomètre approche des 40°. Succession d’hôtels, circulation dense, tourisme omniprésent. Bref c’est aussi la Turquie, mais pas celle que nous aimons. … Arrêt au col de Gögübeli à 1850 m d’altitude parmi les nombreux bergers surveillant chèvres et vaches, et accompagnés de chiens portant des colliers à piques anti-loups.

Mardi 1er septembre

Pamukkale et ses cascades blanches de sel calcaire : renoncé à la visite vu les parkings pleins à craquer et le surpeuplement touristique. Trouvé une « Pansyon-Camping » à Karabayit et posé les pneus dans le jardin. Piscine thermale ! Correct pour un camping turc. Encore des Turcs ayant émigré en Allemagne et de retour au pays. On peut au moins se comprendre. Il y avait même, en vacances avec sa smala, un Turc travaillant en Italie et qui parlait parfaitement la langue de Dante.

Mercredi 2 septembre

Après un stage de 2h1/2 dans un garage Mercedes à Denizli (contrôle du niveau d’huile du pont avant dont le joint spy du nez perd) nous rejoignons le col Komürcü (1’000 m) par une jolie route, étroite mais peu fréquentée qui serpente entre les cultures de châtaignes et de figues pour rejoindre le bivouac au pied de deux éoliennes. Petit vent agréable et air enfin respirable sans camions et sans poussière. Beau panorama.

Col de Komürcü sous les éoliennes (on y dort très bien, bercé par la mélopée des éoliennes!)

A bientôt!

TURQUIE – QUELQUES IMPRESSIONS DES TROIS PREMIÈRES SEMAINES

Partis le 3 août dernier, nous avons allègrement traversé le nord de l’Italie, la Slovénie, la Croatie, la Serbie et la Bulgarie pour rejoindre notre pays de destination. La chaleur, que l’on qualifie de caniculaire sous nos latitudes (33° à plus de 42°) mais qui semble être normale pour les Turcs, nous accompagne depuis notre départ. Quelques gouttes, éparses et rares, dispensées chichement par de petits nuages capricieux n’ont apporté aucune fraîcheur! Sinon moralement!

Le tourisme est rare, les hôteliers et commerçants turcs se désolent: les vacanciers, selon leurs dires, sont gens timorés. Il est vrai que si les zones frontières Est et Sud sont déconseillées, le reste de la Turquie, et c’est immense, demeure accueillant et sûr.

Nous sommes, à l’heure où nous mettons « sous presse », en Cappadoce (Göreme) pour quelques jours. Arrêt bienvenu, après trois semaines de nomadisme. Avant d’arriver en Anatolie centrale, nous avons découvert une petite route qui longe la Mer Noire, serpentant sur des côtes très découpées et surplombant une mer d’huile. Route sauvage et non touristique à souhait, mais rendue dangereuse par la conduite des chauffeurs du coin!

La Turquie est toujours aussi accueillante, et les Turcs toujours aussi curieux. D’où vient-on, où va-t-on, comment trouve-t-on leur pays, bref, ce sont les questions qu’en anglais écorné, en allemand approximatif, ou alors par gestes, nous posent les autochtones. Une fois satisfaits de nos réponses, nous recevons des fruits de leur jardin.

L’Anatolie centrale offre des paysages spectaculaires, agrémentés de cols flirtant avec les 2000 m. d’altitude, des étendues plates entre les montagnes, où la couleur jaune-paille domine, juste agrémentée par quelques taches vertes là où l’eau est présente. Les vaches, chèvres et moutons se régalent de cette herbe sèche, ne laissant que des touffes de chardons piquants et de bourrache-velcro. On dirait que ces bêtes sont vouées à ne manger que du foin bien sec, que ce soit dans les pâturages ou dans leur étable.

Les marchés, par contraste, sont colorés et bien approvisionnés. Légumes et fruits sont légion en cette saison. Et absolument délicieux. Ils ne mûrissent pas dans les camions! Ils sont de la région, voire du village d’à côté.

Nous vous souhaitons le meilleur!

Amicalement.

 

15.08.2015 – AMASYA autrefois capitale du royaume du Pont (photo M)
15.08.2015 – AMASYA (photo D)
18.08.2015 – ERZURUM nausolée seldjoukide (photo D)

22.08.2015 – NEMRUT DAGI (photo J)

PROCHAIN DÉPART POUR LA TURQUIE!

Bonjour à tous,

Cette année, nous avons préparé notre prochain voyage en Turquie, Géorgie et Arménie; le départ était prévu au tout début août. Nous partirons, mais …

La situation politique en Arménie n’est pas des plus stable, un peu comme en Ukraine il y a quelques mois, des manifestations sporadiques éclatent (on parle de « Maïdan arménien ») et les garnisons russes dans le pays sont, paraît-il, en état d’alerte!

Pour arriver en Arménie par la route, depuis la Turquie, il faut passer par la Géorgie. Ici aussi, la situation n’est pas des plus favorable. Les gardes-frontière russes en Ossétie du sud « déplacent » la frontière géorgienne, … manifestations contre la Russie, etc. Dans le nord – est, région que nous avions prévu visiter, des groupes islamistes s’intéressent aux rares touristes. Difficultés administratives aussi: deux ressortissantes françaises privées de leur passeport durant 10 jours et condamnées à EUR 2’500.- d’amende pour possession de Dafalgan codéine. Dans la pharmacie commune de voyage, nous avons quelque cinq médicaments figurant sur la liste des substances interdites en Géorgie. Alors, …

Pour le moment, nous renonçons donc à visiter ces deux pays et approfondirons nos connaissances sur la Turquie.

A bientôt, une « carte postale » de Turquie.

NOUVEAU RÉCIT DE VOYAGE … « LE JARDIN NOIR »

Les orages et les impressionnantes inondations au centre de la France auront malheureusement abrégé notre court périple en France profonde. Mais ce dernier nous laissera quand même de nombreux et mémorables souvenirs notamment quand, en raison des intempéries, nous devons nous réfugier, bien involontairement, dans un camp de nudistes! Non, il n’y a pas de photos!

Mais soyons sérieux.

 Il y a quelques jours, nos amis, Annie et Pierre Régior, nous ont transmis une nouvelle lettre, récit de leur voyage en Arménie et le Haut-Karabagh. Comme promis, nous vous en faisons part.


Qu’ils soient ici remerciés pour nous avoir autorisés à publier une partie de leurs aventures.

M+D

« Bonjour,

Un petit poste frontière dans la vallée, quelques minutes de formalités, une poignée de mains du douanier et nous quittons le Karabagh pour retrouver l’Arménie.

Trois semaines passées dans le Haut-Karabagh s’achèvent. Trop vite, trop riches aussi pour que cette lettre en donne une image complète.
Un peu d’histoire sur ce pays qui ne vous dit sans doute pas grand-chose ! Le Karabagh, le Jardin noir par ses forêts et la teinte de sa terre, a la dimension d’un petit département français et une population de 140 000 habitants. De 1991 à 1994,  une « guerre de libération » a opposé la population arménienne du Karabagh à l’armée azérie dans cette région historiquement arménienne mais rattachée arbitrairement à l’Azerbaïdjan turcophone par Staline. Trente mille morts dans un pays qui comptait alors près de 400 000 habitants.
 Les cimetières à l’orée des villages gardent la mémoire de ces années. Les tombes représentent des hommes en tenue de combat et des civils en fichu et bonnet de laine… Des victimes azéries pas de traces car les villes et les villages où elles vivaient ont été abandonnés, détruits pendant les combats ou plus tard pour interdire tout idée de retour. Le Karabagh est redevenu arménien, totalement arménien, malgré les efforts faits par l’Azerbaïdjan pendant la période soviétique pour coloniser la région en installant massivement des familles azéries.
 1994. Les Arméniens du Haut-Karabagh prennent l’avantage sur les troupes de l’Azerbaïdjan et un cessez-le-feu conclu sous l’égide de la Russie, des États-Unis et de la France établit l’indépendance de fait de leur région.
 Le Karabagh échappe à la curiosité des touristes car il est difficile d’envisager sa découverte durant un court séjour en Arménie et de ce pays-là la guerre est souvent la seule image retenue.
Lilit a 26 ans ; elle parle le français appris à l’Université de la Capitale Stepanakert. Elle nous accompagne souvent, jouant l’interprète auprès des gens rencontrés qui parlent « seulement » le dialecte du Karabagh, l’arménien et le russe ! La présence de Lilit, la gentillesse naturelle des Karabaghsti suffisent à rendre notre voyage passionnant.
 Les ressources propres du Karabagh sont limitées aux produits de l’activité minière (cuivre et or) et à l’agriculture (raisin, grenades, tabac, légumes). L’Arménie voisine et la diaspora maintiennent à flot une économie fragile.
 Dimanche 28 septembre. Monsieur Rochebloine député de Saint-Chamond et président du cercle d’amitié franco-arménien prend la parole d’une petite estrade plantée dans la cour de l’école maternelle toute neuve du village d’Harav, à une vingtaine de km de Stepanakert. Face à lui, des familles d’agriculteurs dont les enfants agitent des petits drapeaux karabaghtsi et français. La construction de l’école a été financée par une famille d’origine arménienne vivant à Saint-Chamond et présente dans l’assistance. C’est que le Karabagh indépendant constitue pour tous les Arméniens un enjeu symbolique majeur : la reconquête de terres historiques et il convient de donner des atouts à la jeune république. Une part importante de l’aide apportée par la diaspora consacrée habituellement à des projets en Arménie s’est depuis quelques années orientée vers le Haut-Karabagh pour la construction d’écoles, de routes, d’équipements hospitaliers.
Robert a un verger de grenadiers. La récolte n’aura lieu que dans deux semaines mais il a cueilli pour nous quelques fruits bien mûrs et nous prenons le chemin de sa maison pour le repas. Robert a 42 ans, quelques terres et du matériel qu’il loue aux agriculteurs voisins. Nous mangeons sur la terrasse abritée de l’orage. Dans la lumière brève des éclairs, Robert nous montre les hangars sur la ligne de crête à quelques centaines de mètres d’où nous nous trouvons. C’est ici qu’il stocke paille et matériel agricole. Dans ces constructions sommaires, les villageois se réfugiaient lors des bombardements azéris, si près des lignes ennemies qu’ils échappaient ainsi aux canons détruisant les habitations qu’ils venaient d’abandonner. Robert et ses quatre frères ont combattu contre Azerbaïdjan. Le plus jeune a perdu la vie tout comme le père de Lilit lorsqu’elle avait quatre ans.
 La « jeep » UAZ (de fabrication soviétique) tressaute sur la piste défoncée. Sarkis l’appelé et Zaven l’officier nous conduisent sur la « ligne de contact » qui sépare l’armée du Karabagh et celle de l’Azerbaïdjan. Nous  traversons Aghdam une ville azérie conquise par les Karabaghtsi en 1994. D’une agglomération de 40 000 habitants ne subsistent que des pans de murs gagnés par la végétation. Deux minarets se dressent au milieu des ruines témoins insolites du désastre. Nous fonçons maintenant à travers la plaine voguant sur les ornières comme sur une mer en furie. Destination : un relief construit à grand renfort de bulldozers. C’est la première ligne de défense du Karabagh. Par une étroite meurtrière, on distingue, à 400 m de là l’Azerbaïdjan et son remblai protecteur. Les tirs des snipers font régulièrement des victimes de chaque côté de la ligne de démarcation. Nous partageons le café accompagné d’une tartine de caviar d’aubergine et nous quittons les soldats en empruntant la tranchée qui nous conduits à couvert vers la « jeep » où patiente Sarkis.
 Curieux voyage dans ce pays entre guerre et paix. Images de paix : vendanges, récolte des feuilles de tabac, tissage des tapis, gargotes du bord de route où l’on nous sert le hènguialovhats, le pain aux herbes, arrosé de touti oghi l’eau de vie de mûres d’arbre à 63°. Images de guerre : convois militaires, canons inclinés vers l’horizon, treillis et démarche martiale. Nous garderons de ce pays grand comme un mouchoir de poche l’image de  l’incroyable attachement des gens à leur jardin noir et celle d’une incomparable hospitalité.
 Prochaine étape Gyumri où a commencé il y a dix semaines notre voyage en Arménie. Nous nous sommes faits dans cette ville quelques amis que nous retrouverons avec plaisir avant de prendre la route du retour.
Dans trois semaines environ nous serons en France.
 Nous vous embrassons.
 Annie et Pierre »


A bientôt!

DES RÉCITS DE VOYAGES …

Bonjour à tous,

Nous voici de nouveau en route, pas très loin, dans le sud-ouest français. Après la Mongolie, nous désirions « faire une pause ». Cette année, nous renonçons à vous parler de « notre » voyage. Mais, …
En 2009, en Turquie à plus de 2’000 m d’altitude, sur le Nemrut Dag, nous avons rencontré un couple de Français qui, comme nous, voyageait à bord d’un 4×4. Il partait en Iran …

L’année précédente, il sillonnait les pistes de la Terre de Feu avec leur Toyota surmonté d’une cellule Azalaï, et l’année suivante, toujours seul et après avoir traversé la Sibérie, il découvrait la Mongolie, y retournait un an plus tard en été par la route et en hiver par avion.

En 2012 et 2013, il parcourait l’Afrique du Sud pour nous ramener, comme toujours, de magnifiques photos présentées dans d’impressionnants montages audio-visuels.

Le 9 juillet dernier, Annie et Pierre Régior nous annonçaient leur départ pour un voyage de quatre mois à la découverte de la Géorgie et de l’Arménie ainsi qu’à la redécouverte de la Turquie de l’Est. Nous citons leur courriel du mois dernier juste avant de partir:

 

« … La route jusqu’en Turquie, nous l’avons parcourue une première fois en 1974 lors d’un voyage en Afghanistan à bord d’une ancienne ambulance militaire américaine de marque Dodge datant de 1949 ! Les performances du véhicule étaient modestes, sa consommation excessive, son confort rustique. Notre route avait traversé le nord de l’Italie, l’ex-Yougoslavie, la Bulgarie et fait étape à Istanbul avant de s’enfoncer dans les mystères magnifiés de l’Asie des années Katmandou.

Depuis cette longue échappée, nous avons pris goût à la liberté qu’offre une monture préparée longuement, chargée de tout le nécessaire et d’un peu de superflu.
 

De la Turquie, nous aurons plaisir à retrouver les matinées lumineuses, l’accueil, les pauses accompagnées de thé, d’abricots juteux, de pastèque. Mais c’est la part d’ombre de ce grand pays qui nous attire plus particulièrement dans ce voyage, cette mémoire engloutie, niée, celle de la présence arménienne et du génocide de 1915. Des traces existent en Anatolie, enfouies dans les mémoires, dans le huis clos des familles, dans les ruines des églises. Ces traces presque invincibles nous les suivrons jusqu’en Arménie, jeune et minuscule État rescapé d’une grande civilisation. C’est dans ce pays que nous passerons l’essentiel de ce voyage. La Géorgie en sera une étape avec en toile de fond les crêtes enneigées de la chaîne du Caucase.

 Chaque mois, nous vous enverrons un récit des étapes parcourues et de nos rencontres.  … »
 

Ils sont maintenant en Arménie et nous ont autorisés à vous présenter leurs récits de voyage. Un grand merci à eux!

 Bonne lecture.
 

11.08.2014

A 6’000 KM DE VOUS …

Première lettre de notre voyage en Arménie. Nous reprenons l’habitude de nos précédents périples : vous raconter des moments vécus, des impressions fugaces ou durables qui ponctuent nos voyages.

Un mois sur la route, 6 500 km parcourus, 9 frontières franchies… Les chiffres froids pour une route chaude sur le goudron fondu du plateau anatolien, dans les vallées étroites de la chaîne du Caucase, dans les draps moites des premières nuits arméniennes.

Nous avons roulé sans étape remarquable jusqu’au Lac de Van, dans l’extrême-est de la Turquie, non loin de la frontière iranienne. Nous aurions pu trouver plus court chemin pour gagner l’Arménie mais nous voulions revisiter, sur l’île d’Akhtamar, la belle église de pierre dorée qui domine le bleu du lac. Ce joyau est un des rares témoignages tolérés par les Turcs de la présence des Arméniens qui peuplaient cette terre s’étendant de la Méditerranée à la Mer Noire et à la Mer Caspienne. Cette étape, celles de Kars et d’Ani plus au nord, n’avaient d’autres buts que de nous préparer à la découverte de l’actuelle Arménie dont nous n’avions, lors d’autres voyages en Turquie, qu’effleuré la frontière.

L’Histoire de l’Arménie se résume souvent au génocide de 1915. Quelques mots sur cette tragédie qui débute à la fin du 19ème siècle pour se poursuivre quelques années encore après la  première guerre mondiale. Un décompte effrayant : plus d’un million de victimes de pogroms, d’exécutions sommaires et de déportation poussant jusqu’à la mort des centaines de milliers d’Arméniens vers le désert au sud de L’Euphrate. Un tiers de la population de l’espace turc actuel était, avant le génocide, arménien. N’y subsistent aujourd’hui que quelques milliers des descendants le plus souvent islamisés.

C’est que le peuple arménien, le premier à avoir adopter le christianisme comme religion d’État, a sans doute pris racine au mauvais endroit, à la croisée de puissances auxquelles il ne pouvait durablement résister : Arabes, Perses, Mongols, Ottomans, Russes.

Les rescapés du génocide de 1915 ont émigré en France et aux États-Unis. Ils possèdent également un État grand comme un région française et peuplé de 3 millions d’habitants, coincé entre Turquie, Géorgie, Azerbaïdjan et Iran.

  Les relations entre l’Arménie et ses voisins sont compliquées : la frontière avec la Turquie restera fermée aussi longtemps que le problème de la reconnaissance du génocide n’aura pas trouvé un début de solution. De 1991 année de son indépendance, jusqu’en 1995, l’Arménie a été en guerre avec l’Azerbaïdjan à propos du Haut-Karabagh. Depuis 1995, une « paix armée » fige la frontière de cette partie de l’Azerbaïdjan rattachée à l’Arménie. Les partenaires privilégiés de l’Arménie sont la Russie (l’enseignement du russe est obligatoire dans les écoles arméniennes) et l’Iran qui a trouvé dans les échanges avec son petit voisin, un moyen de contourner l’embargo occidental.
 

3 faits ont décidé de ce voyage : l’importante diaspora arménienne dans notre région qui a toujours suscité pour nous une curiosité pour cette culture ; nos séjours successifs dans l’Est turc où plane « le fantôme arménien » et l’envie de découvrir ce que cachent les « images d’Épinal » de ce pays : les belles églises de pierre dans l’ombre tutélaire du Mont Ararat.

 Voici dix jours, par un matin froid et brumeux, nous passions, à 2 000 m d’altitude, le petit poste frontière séparant la Géorgie et l’Arménie. De chaque côté de la ligne de crête, une route défoncée.
 

Notre première étape arménienne : Gyumri. Le mauvais état des routes n’est pas la seule difficulté d’un voyage ici ; les habitants de l’Arménie parlent l’arménien oriental et le russe, langues que nous ne connaissons pas. Pour surmonter cette difficulté, nous avions pris, avant notre départ, des contacts avec des Arméniens francophones. Dès notre arrivée à Gyumri, avant-même nos premiers rendez-vous, nous sommes interpelés amicalement par des gens parlant quelques mots de notre langue. Certains ont vécu en France, d’autres y ont des parents, d’autres encore ont étudié au lycée français de la ville. C’est que des liens forts existent entre l’Arménie et la France depuis des siècles renforcés par la venue dans notre pays de rescapés du génocide. Dès le premier jour, nous percevons cette proximité affective.

Les événements récents survenus à Gyumri donne la mesure des catastrophes qui jalonnent l’Histoire arménienne. 7 Décembre 1988, 11 h 40. L’Arménie est encore une république soviétique isolée au sud de L’URSS. Gyumri est la seconde ville du pays avec 280 000 habitants et ses grandes usines de textile. En quelques minutes, la ville est détruite par un tremblement de terre provoquant la mort de 30 000 personnes.

Dimanche midi, température 40°. Nous sommes attablés devant un plat de feuilles de vignes farcies agrémenté de fromage blanc, d’une salade de tomates et de concombres et des crêpes à la viande. Martin notre hôte était directeur de l’école française de la ville au moment du séisme.  Il ne sait par quel hasard, il a été dégagé vivant du bâtiment  effondré abritant l’école. Sa femme et ses deux enfants ont eux perdu la vie dans la maison où ils attendaient Martin pour le repas.
 

26 ans plus tard, Gyumri porte encore les traces du séisme. La population n’est plus que de 70 000 habitants car une seconde catastrophe a touché la ville suite à l’indépendance de l’Arménie en 1991 : l’industrie textile, grande pourvoyeuse d’emplois, a perdu l’ensemble des débouchés vers les républiques de l’ex-empire devenues indépendantes.

Gyumri est une ville somnolente à la croisée de l’Occident et de l’Orient. Dans les venelles du marché aux senteurs d’épices et de fruits, les marchands jouent au jacquet. Nous retrouvons ici l’atmosphère des bazars de l’Iran voisin. Plus loin, en bordure de la vaste place cernée de bâtiments à l’architecture soviétique, quelques cafés sont installés dans l’ombre bienveillante : torpeur méditerranéenne…

 Pendant quatre jours, nous avons découvert Erevan dans une chaleur étouffante.  Nos contacts francophones dans la capitale ont facilité les formalités administratives liées à la durée inhabituelle de notre séjour : mélange d’organisation soviétique, de nonchalance orientale et de gentillesse arménienne. Hier, nous avons pris de l’altitude et goûtons avec bonheur la fraîcheur des bords du lac Sevan.

Nous vous embrassons.

Annie et Pierre
 
 

05.09.2014

SUR LES PENTES DU MONT ARAGATZ

Vous avez bien lu : cette lettre a pour cadre le Mont Aragatz, point culminant de l’Arménie à 4 091 m.

Peut-être avez-vous pensé au Mont Ararat, symbole de l’Arménie, que les soubresauts de l’Histoire ont placé en Turquie autant dire pour les Arméniens du mauvais côté de la frontière…
 

Après quelques jours passés dans la douceur de la rive du lac Sevan, nous avons retrouvé la fournaise de la Capitale. Erevan est une ville plaisante aux larges avenues, aux nombreux parcs et à l’architecture de tuf brun, beige et rosé. Mais l’été y est étouffant et la ville ne s’anime qu’au crépuscule lorsque, sur les trottoirs encore brûlants, les gens déambulent en quête d’une fraîcheur qui ne viendra pas.

Puis nous avons repris de la hauteur en escaladant les pentes du Mont Aragatz à trois heures de la Capitale. Les distances sont courtes dans ce pays mais les routes sont si tortueuses et bosselées qu’un déplacement se mesure au temps nécessaire pour le parcourir.
 

Trois heures donc, par des pentes en lacets serrés qui nous transportent de 1 000 à plus de 3 000 m, de la chaleur des rues à l’âpreté des pâturages et de la rocaille, de l’élégance racoleuse des urbains à la vie rude des bergers. La montagne de l’Aragatz, c’est le royaume des Kurdes yézidis, petite communauté originaire d’Irak qui a essaimé dans tout le Moyen-Orient. Contrairement aux autres Kurdes, les Yézidis ne sont pas musulmans mais héritiers du paganisme des anciens Perses. Ils sont 30 000 en Arménie qui vivent d’activités pastorales. Nous rencontrons les premières familles à partir de 2 500 m d’altitude. Un camp se compose d’une vaste tente servant de lieu communautaire, de cuisine et d’atelier pour la confection du fromage, d’une roulotte aux allures de petit wagon utilisée comme chambre à coucher par les trois générations qui cohabitent. Autour, la terre battue et un enclos où les animaux sont rassemblés pour la nuit.

Pour échanger avec les bergers, il faut passer le barrage des chiens, molosses aux oreilles coupées qui protègent le bétail des attaques des loups. Leurs aboiements font sortir de la tente deux femmes occupées à préparer le panir, le fromage de brebis. On nous invite sous la grande toile pour un café, un verre de vodka, une tomate, un concombre, le pain et le fromage. Nous nous apprêtons à prendre congé lorsque qu’arrive de la plaine une famille venue échanger ses produits : prunes, raisin et légumes contre fromage. La proximité des agriculteurs permet aux Yezidis un échange sans intermédiaires. On reprend place sur les chaises bancales pour un nouveau repas et une nouvelle rasade de vodka… Le soir venu, les troupeaux reviennent au campement et la traite commence avec en fond de scène le sommet enneigé de l’Ararat nimbé dans la chaleur de la plaine. 
 

À 3 200 m, la route se termine à l’entrée d’une ancienne base militaire soviétique parfaitement identifiable par le désordre des hangars effondrés et des poteaux rouillés laissés en héritage. Ici débute le sentier qui permet, en quelques heures de marche, de gagner le sommet de l’Arménie.

Nous campons par une belle nuit étoilée et une température de 7° : un vrai luxe à s’offrir dans l’été étouffant du Sud-Caucase.
 

Lorsque nous redescendons vers la plaine nous multiplions les étapes pour jouir quelques moments encore de la limpidité de l’air.

Hovannès s’installe chaque été, avec famille et abeilles, sur les pentes de l’Aragatz à 2 200 m d’altitude. Son campement avec tente et roulotte ressemble à celui des voisins « du dessus », les bergers yézidis. Ici pas de troupeau mais une trentaine de ruches bourdonnantes qui produisent le miel qu’Hovannès vend aux gens de passage. Sa fille connaît quelques mots d’anglais, bien assez pour comprendre l’invitation qui nous est faite de partager le repas de la famille. Tomates et concombres parfumés de coriandre, de menthe, de persil et d’oignons tendres, fromage, ragout de poulet, pastèque et miel, le tout accompagné du lavash, le pain arménien, galette fine et craquante comme un biscuit.
 

Notre route est semée de ces rencontres qui sont le premier bonheur du voyage : presque chaque jour, nous sommes invités à partager un repas et quittons nos hôtes les bras chargés de légumes, de fruits, de miel, le cœur tout remué de tant de gentillesse.

 Depuis un mois nous découvrons l’Arménie. Dans quelques jours, nous serons dans le Haut-Karabagh, petit territoire peuplé majoritairement d’Arméniens que Staline dans son machiavélisme maladif avait rattaché à l’Azerbaïdjan musulman. Lors de l’effondrement de l’empire soviétique, les Arméniens du Karabagh aidés de leurs frères d’Arménie se sont soulevés et ont obtenu une indépendance qu’aucun État au monde ne reconnaît. Nous avons noué des contacts au Karabagh qui nous font espérer de belles découvertes. Nous vous parlerons dans la prochaine lettre.
 

Annie et Pierre

 

PS. Depuis notre rencontre avec les bergers de l’Aragatz, nous avons appris que les Yézidis étaient massacrés en Irak. Dans un journal arménien, deux photos ont été mises en parallèle : la première date de 1915 et montre la fuite de villageois arméniens d’Anatolie devant la charge de soldats ottomans ; le second cliché date de quelques jours. C’est celui de la détresse de bergers yézidis irakiens face aux crimes des intégristes musulmans pour qui la religion n’est que le prétexte à leur folie sanguinaire.

Dès que nous disposerons de nouvelles lettres ou courriels de nos amis, nous vous en ferons part. Bonne lecture!

À bientôt

DERNIÈRE CARTE POSTALE … ET 22’500 KM PLUS TARD!

Lundi 02.09.2013

Etape de quelque 400 km. Passé la frontière polono – allemande à Kobascowo. On apprécie grandement l’Europe qui a supprimé les formalités de douane et de paperasses ! Bivouac sur les rives de l’Elbe près du port de Coswig. Dommage qu’il pleuve et vente. Lutherstadt est à un jet de pierre et les portraits de Martin Luther jalonnent les rues.

Mardi 03.09.2013

Au fil des heures et de notre progression vers le sud, le temps s’améliore. Arrêt dans un camping trop méticuleusement organisé. Assez germanique, somme toute !

Mercredi 04.09.2013

Sommes en Suisse, à Wabern plus précisément. Au bord de l’Aar. Il fait beau et chaud. Température à 15h00 : 26,5°. Demain « à la niche » !

Remarques générales (ndlr : de Micheline et reprises in extenso), après un voyage émerveillant et éprouvant :

  • Grand merci à nos mécaniques, qui, malgré les grincements de pont, malgré les vibrations qui nous inquiètent depuis la Mongolie, malgré les rafistolages opérés en route, malgré certains essoufflements, malgré la fumée blanche et autres secousses ressenties dans la boite à vitesses, nous ont ramenés en Suisse !
  • Merci à la Mongolie de nous avoir offert de merveilleux paysages et découvertes en récompense des tressautements et soubresauts que nous ont réservés ses pistes. Et merci à la population rencontrée en chemin, de nous avoir donné le sourire, l’hospitalité et de nous avoir témoigné curiosité et intérêt.
  • Merci à la Russie aussi, malgré qu’elle ignorera superbement notre reconnaissance, de nous avoir épargnés sur ses routes en laissant ses citoyens les plus irréfléchis emboutir d’autres véhicules ! Merci à Moscou d’avoir levé ses nuages et de nous avoir régalé de soleil lors de la visite de la ville avec notre aimable guide Svetlana. Sans parler des paisibles Vladimir, Ekaterinbourg et autres lieux magnifiques que compte ce grand pays.
  • C’est bien connu, les mauvais moments s’estompent pour laisser place au meilleur du vécu. Ce fut un voyage éprouvant certes, mais dont le souvenir restera vivace en nos mémoires. Pour l’instant, les images se mêlent encore en une symphonie d’impressions fugaces. Plus tard, ce sera un concerto de sensations et de souvenirs ou chacune et chacun pourra s’exprimer en solo.
  • Un seul regret, et il est de taille : l’impossibilité de visiter la partie ouest de la Mongolie, notamment l’Altaï, en raison de cette épidémie de peste noire et de la fermeture de cette partie du territoire aux étrangers.
  • Last but not least : merci à Jean-Claude et à Denys, chauffeurs émérites, qui nous ont sortis de situations rocambolesques, ont évité les pièges et ont conduit jusqu’à plus soif sur l’abominable tôle ondulée. Huit heures au volant = 200 km au maximum en Mongolie ! Chapeau les gars !

C’est notre dernière carte postale pour ce voyage !

Nous ferons part d’autres remarques et impressions en publiant, comme d’habitude, les photos et les tracés de nos quelque quatre-vingt étapes.

Merci à Micheline d’avoir scrupuleusement tenu « le journal de bord » ce qui nous a permis de rédiger ces quelques cartes postales qui, osons-nous l’espérer, vous auront donné l’envie de voyager « autrement ».

Micheline et Denys

ET C’EST LE RETOUR (Dzwnowek/PL, 01.09.2013)

(extraits du journal de Micheline, photos de Josiane)

Mercredi 28.08.2013

Quitté l’hôtel à Moscou vers 09h30. A part quelques bouchons dus à des chantiers et des accidents ou des voitures en panne au milieu de la route, la circulation fut assez fluide sur les larges avenues moscovites, roulante sur le périphérique. On s’attendait au pire ! Repris la E22 – M9 en direction de la frontière lettone. Très nombreux chantiers.

Jeudi 29.08.2013

Passé les frontières russe et lettone sans grand problème et, surtout, très rapidement (un peu plus d’une heure !) Personnels douaniers et policiers plutôt avenants … sauf un ours letton mal léché qui ne voulait pas accepter un document rempli  avec un stylo rouge. Bivouac dans un joli camping au bord du lac Sivers (LV). Dommage que l’eau croupie de la citerne nous ait gâché la douche.

Vendredi 30.08.2013

Josiane aurait bien voulu voir la mer Baltique. Comme nous sommes en avance sur notre plan de rentrée, on y va ! Camping au bord du lac Rydzevo.

Samedi 31,08.2013

Traversé Olsztyn, Elblag, Gdansk, Gdynia pour aboutir à Bialogora ; petit village touristique assez loin la mer. Camping bon marché, valant bien qu’on ne paie pas cher !

Les tiques sont aussi présentes en Pologne.

Dimanche 01.09.2013

Longé la Baltique, que l’on n’aperçoit que rarement, la route étant en retrait. Villages bondés de touristes (c’est dimanche !) tels que Lazy, Uniesce, Mielno, Gaski. Pluie intermittente. Vent très fort. La belle plage du camping (presque vide) n’invite pas à la baignade, malheureusement. Le lieu, facile à prononcer, doit s’appeler Dzwnowek.

( … )

Dès demain, par petites étapes, nous gagnerons le sud et nos pénates par les autoroutes allemandes et suisses. Il n’y aura donc pas grand-chose à vous raconter. Micheline poursuivra la rédaction de son journal et nous vous ferons part, dans un dernier « post » sur ce voyage, de nos impressions personnelles et de quelques remarques « techniques » sur nos expériences, nos matériels, etc.

A bientôt !

Nous pensions en avoir fini avec les tiques!

À TRAVERS LA RUSSIE ET … PANNE EN PAYS TATAR (Moscou, 27.08.2013)

(extraits du journal de Micheline, photos de Josiane, Micheline et Denys)

Mercredi 14 août 2013

Progressé en direction de Novossibirsk sur la M52. De la frontière (Tashanta jusqu’à Cherga), paysages grandioses, gorges, rivières limoneuses, montagnes et replats. Magnifique parcours, notamment le Chuyski Takt. Bonne route, enfin. Cherché un bivouac dans la région de Gorno – Altaysk durant deux heures. La pluie abondante des derniers jours a transformé la campagne en boue glaiseuse. Quand même trouvé un endroit presque sans enlisement vers une église. Loin d’être idéal, mais on dort bien; il faut se plier aux exigences du terrain, du temps, des pistes et … des capacités de nos véhicules. Il continue de pleuvoir. Le pays est de plus en plus habité. Les villages se succèdent plus rapidement. Pour les Russes, c’est une région touristique fort fréquentée. Rafting, pêche et sports de plein air. Nombreux villages isbas – bungalows, vétustes mais peuplés. Et boutiques de souvenirs qui vont avec. On y trouve des peaux de bêtes sauvages, des nains de jardins et des blanches-neige, du miel et de la verroterie ainsi qu’un artisanat assez douteux, plutôt fait machine que main. … Bonne nuit !

Jeudi 15 août 2013

Novossibirsk. Pluie abondante. Il vaut mieux rester sur le goudron. La campagne et les rues des villes et villages non goudronnées, sont transformées en bourbiers et il n’est pas rare de voir les Russes eux-mêmes pris dans la glu jusqu’aux essieux. Pris nos quartiers à l’hôtel Sibir, propre, mais spartiate. Bon restaurant. Réception sympathique et efficace. Nuit agitée car nous avons perdu l’habitude du bruit des villes.

Vendredi 16 août 2013

La M51 nous accueille sur son ruban inégal, monotone, surchargé de camions. Longues rectilignes entre les bouleaux dressés comme des codes – barres ! Soporifique. Arrêt à Barabinsk pour du change, où nos USD et EUR sont radiographiés un à un, recto – verso. L’opération prendra une heure et demie ! Avec une matrone derrière une vitre à l’épreuve des balles aussi sympathique qu’un goulag en fonction. Bivouac dans les restes des gadoues épargnées par trop d’inondations. Moustiques, tiques sont aux rendez-vous.

Samedi 17 août 2013

Omsk. Pour la visite, rien sur notre guide « Petit futé ». Heureusement le « guide Régior » nous déniaise. Vastes avenues, beaux bâtiments, et, au centre ville, peu de circulation. Les gens semblent se balader plutôt que se déplacer. Une certaine langueur traîne autant chez les piétons que les automobilistes. Le fleuve Irtych se prélasse, ignorant la vie grouillante sur ses rives. Marché magnifique, avec des légumes que l’on qualifierait de mûris en Italie ! Les tomates, les courgettes n’ont rien à envier aux marchés italiens. Ventes de champignons, pommes de terre, miel, fruits (cranberries ?), pastèques et melons, le long de la route, qui nous trimbale d’Omsk à Ishim. Le GPS veut absolument nous faire entrer au Kazakhstan pour rejoindre Ishim. Nous apercevant à temps de cette erreur, nous opérons un retour sur Omsk et … bouchons !

Encore une chose. Il n’est pas rare de croiser sur les bas-côtés de la route des voitures avec un signal de panne et le capot ouvert. N’allez jamais leur porter secours. Ce sont des Arméniens vendant de la pacotille avec force insistance.

Dimanche 18 août 2013

Deux mois que nous sommes sur les chemins ! C’était hier, et c’était il y a longtemps ! La E22, route principale, mais inégalement retapée, nous cahote le long de champs de céréales à perte de vue. Les camions se suivent et se ressemblent. Deux chauffeurs sont sortis de la route, leurs chargements éparpillés sur les bas-côtés. Nous n’avons pas encore retardé nos montres depuis la Mongolie. Etrange !

Lundi 19 août 2013

Nos GPS et autres GSM nous confirment le changement d’horaire. Nous gagnons une heure. Pluie battante. Il ne pleut pas des cordes, mais des amarrages de paquebots géants. La route, mauvaise évidemment, cache ses pièges sous l’eau et les camions que l’on croise nous arrosent copieusement. Puis, le déluge se calme, le brouillard se dissipe et la route devient bonne ! Arrêtés trois fois par les pandores : une fois, nos phares n’étaient pas conformes ; deuxième arrêt, papiers. Pas compris, pas pu lire, circulez ! Une troisième fois, grands signes de l’en-casquetté, peu clairs. On s’encolonne. Comme il semble que l’on nous oublie, nous partons. Bivouac à une centaine de km d’Ekaterinbourg. Déménagement des voisins en raison d’un nid de frelons ! Nous déménageons aussi. Les frelons sont gros comme le pouce !

Mardi 20 août 2013

Ekaterinbourg. Une veine nous avons trouvé deux places de parc à l’ombre où nous pouvions laisser les chiens sans crainte. Nous étions sur la « prospect Lénine », avenue principale de la ville. Flânerie, rêverie dans cette très grande ville, où la circulation est fluide, malgré qu’intense. Vu la statue de Trotski qui pointe son doigt sur l’université et celle de Lénine qui lève une main vers, à ce que disent les citadins, les lieux où l’on vend de la vodka.

Bivouac le long de la E22 sur Perm, agrémenté de la visite de trois chasseurs armés jusqu’aux dents et prétendant aller chasser le grizzli ! Deux sur un quad et un à pied, ils ont disparu dans la forêt avec force cris et réapparu discrètement durant la nuit … sans grizzli !

Mercredi 21 août 2013

Direction Perm où nous cherchons le musée du Goulag. A l’adresse indiquée par le « Petit futé », qui ne l’est aucunement, pas de musée. Seulement le ministère de l’agriculture. « Perm 36 » du nom de l’ancien goulag, selon les renseignements obtenus, est situé à une centaine de km au NE de la ville. Merci pour la précision « Petit Futé ».

Jeudi 22 août 2013

En faisant le plein d’eau à la pompe d’un village, nous apprenons, par GPS et téléphones réunis, que nous devons avancer nos montres de deux heures ! 08h30 à la place de 10h30. Pas étonnant que le trafic sur la route n’avait rien de féroce. Mais la valse des camions reprend assez vite et nous avons sagement suivi les effluves des mastodontes.

Vendredi 23 août 2013

Partis de notre bivouac par beau temps, bien reposés après une nuit calme et une très courte ondée. A 120 km de Kazan, appel de Jo qui nous dit que le Rover doit s’arrêter. Coup d’œil dans le rétroviseur et vision d’apocalypse. La machine fume comme si elle était en feu, Un nuage de fumée blanche masquant toute la route et d’où émerge l’avant du Land Rover. Circulation perturbée. Retour en arrière pour nous. Pourtant, rien ne brûle. Moteur arrêté. Joint de culasse ? La fumée se dissipe. Discussion. Remise en route du moteur et refumée blanche. Arrêt immédiat de celui-ci. Remorquage jusqu’à la prochaine possibilité de stationnement et on verra ! Sur l’aire de stationnement, « auscultation » du véhicule. Décision : Charger le véhicule sur une dépanneuse et en route pour la prochaine agence Rover à Kazan (quelque 120 km).

Une patrouille de la police routière, à l’affût des excès de vitesse, demande pour nous une dépanneuse (sans oublier de faire payer 30 fois le prix de l’appel téléphonique). Une heure plus tard, elle est là. Chargement et en route pour Kazan. Mais le chauffeur ne connaît pas l’adresse de l’agence Rover dans cette ville. Le chauffeur se démène comme un beau diable et il trouve. Le dépannage coûtera 6000 roubles et le chauffeur refusera une bonne-main. Une heure plus tard, un chef en chemise blanche et cravate (parlant l’anglais – c’est normal pour une agence anglaise) et deux mécaniciens s’affairent sur le véhicule. Mais comble de bizarrerie, plus de fumée blanche et un moteur qui tourne comme sur un banc d’essai (???). Après avoir changé le filtre à air et déclaré que la Russie ne connaît pas les filtres à particules, un tour sur l’autoroute avec le Land, suivi à deux mètres d’un Range flambant neuf avec le chef, les deux mécanos et un chauffeur. Arrêt sur la bande d’urgence! Vous pouvez continuer. Le chef donne son nom et celui du garage avec numéro de téléphone (il n’a plus de cartes de visite) et, sympa, il écrit « good luck » sur le papier.

Bivouac dans un champ. Nouveaux regards sur ce moteur. L’embout de l’échappement est enduit de « vert-de-gris » et le pare-chocs de poudre blanche (???). Grand salut d’un paysan qui passait avec sa moissonneuse. Nuit blanche pour les occupants du Land qui n’ont plus confiance en leur mécanique.

Samedi 24 août 2013

Kazan – Nizhniy – Novgorod, symphonie cacophonique de camions, de chantiers, d’amortisseurs qui grincent dans les trous et sur le bosses. Arrêt au super – marché Auchan à Novgorod pour trouver une nourriture « connue ». Bivouac sous les arbres, près des marigots stagnants avec moustiques à la clé. Le Land tient le coup. Le Sprinter quand à lui, « broute » au démarrage. Mais cela a commencé en Mongolie déjà et sans que l’on puisse en déterminer la cause.

Dimanche 25 août 2013

Visite de Vladimir, cathédrale de la Dormition (12e) et de la Porte d’Or. Magnifique et calme. Repris les bouchons, les chantiers et les camions (c’est pourtant dimanche !). Température nettement plus fraîche.

Lundi 26 août 2013

Arrivée à Moscou vers 11h30. Trouvé deux chambres à l’hôtel VEGA, alors que, par téléphone le jour précédent, on nous avait assurés que l’hôtel était plein. Repas ouzbek à midi et italien le soir. Demain visite de la Place Rouge avec un guide. Bonne nuit. Gamma a passé sa première nuit dans un **** !

Mardi 27 août 2013

La guide, Svetlana, nous a chaperonnés à 14h00 à l’hôtel VEGA. Départ pour le centre – ville de Moscou par le métro à cinq pas de l’hôtel. Le métro est, selon elle, le moyen le plus sûr de voyager rapidement, efficacement et dans la propreté. Effectivement. Et de plus, nous avons pu admirer ces fameuses stations à thèmes : celles des Partisans, des verriers, des mosaïques relatant l’histoire de la Russie, de Lénine. C’est beau, bien entretenu et très propre. Puis, parapluie rose posé verticalement sur son épaule, elle nous a emmenés d’un pas allègre ; place de la Révolution, place Rouge, Kremlin, cathédrale St Basile, cathédrale – mère de l’orthodoxie, la plus grande de Russie, que Staline avait détruite et transformée en piscine ouverte été comme hiver. Elle a été reconstruite copie – conforme en 2005. Magnifique ! Statues de Gogol, de Pouchkine, de Dostoïevski, de Lénine, et qui jalonnent ces lieux empreints de culture que renforce encore la présence de nombreux musées et théâtres. Ensuite flânerie le long du boulevard Arbat, un genre de Montmartre moscovite. Les trois heures étaient écoulées. Svetlana nous a reconduits au métro, nous recommandant de compter les arrêts et de descendre au 7e. Après-midi intéressante, avec une relève de la garde du monument aux victimes de la guerre et des purges staliniennes que l’on appelle pudiquement monument aux martyrs. Le pas de l’oie est sonnant tant on lève haut la gambette bottée, le geste est précis et coordonné comme une mécanique, le regard vide, les gants blancs, étincelants. On dirait une boîte à musique animée, tant cela est précis et enchaîné dans les mouvements saccadés. Et les braves gardes devront rester parfaitement figés durant la prochaine heure ! C’est beau Moscou sous le soleil enfin revenu. C’est cosmopolite, vivant, marrant aussi avec des artistes de plein air déguisés en Shrek, en corsaires, en gladiateurs ou en mannequins immobiles. Nous avons bien aimé.