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TURQUIE – D’AUTRES EXTRAITS DU JOURNAL DE BORD

Jeudi 3 septembre

Retrouvé le camping de notre précédent voyage. S’est pas mal déglingué dans l’intervalle. Avons renoncé à (re)visiter le site d’Ephèse que nous avions déjà vu à deux reprises en raison des files d’attente de plusieurs dizaines de mètres derrière les guichets!


Vendredi 4 septembre

Les chiens errants du camping Pamucak irritent les nôtres … 


Samedi 5 septembre

Suivi la route côtière pour Seferihisar et Urla en direction de Karaburum pour visiter cette presqu’île qui s’avance dans la mer Egée. Beaux paysages, extrêmement caillouteux, paradis des chèvres. Monté jusqu’à l’observatoire qui, de plus près, s’avère être un radar militaire. Fait demi-tour immédiatement! 

Cette presqu’île est en plein développement délirant d’hôtels, de villages de vacances et d’appartement à louer. Mais les constructions sont souvent en hauteur, assez éloignées de la mer. Quand le soleil cogne, ce doit être pénible de remonter les sentes escarpées pour rejoindre son « home sweet home » … On est à quelques encablures de la Grèce, et on s’y croit!

 

Dimanche 6 septembre

Quitté notre presqu’île par une grande chaleur, même s’il n’est que 08h00. Traversé la méga-pôle d’Izmir (2’000’0000 d’habitants) pour, ensuite, rejoindre le lac Gölcük, en jaune sur la carte. Nous avons pensé que cela valait une visite. Hélas, le dimanche est jour sacré du pique-nique. Des centaines de familles étaient entassées sur les rives de ce petit lac, occupées autour du feu à préparer le repas, dans un joyeux désordre bruyant et dans les immondices. Avons renoncé à augmenter le nombre!

Passé un col à 1030 m. et trouvé un bivouac passable sur une piste latérale difficile, donc relativement propre et sans pique-niqueurs invétérés. Perdu 5° en grimpant. Mais c’est encore bouillant! Le soir, un berger est venu nous présenter fièrement son jeune Kangal (race turque de chiens, impressionnants par leur taille, plus que par lueur méchanceté).

 

Lundi 7 septembre

Courte étape pour rejoindre le col Simar à 1470 m. d’altitude. Toujours 31°, mais avec un bon petit air et à l’ombre des pins; traversé un paysage volcanique aux alen-tours du barrage Demirköprön. Magnifique!

 

Mardi 8 septembre

Le ciel s’est couvert et la température est devenue enfin respirable. Jolie petite route qui serpente entre vallées et villages, forêts et champs en direction de Ulu Dag. Posé les pneus en haut de cette montagne exactement comme il y 6 ans. A 2000 m. d’altitude, attention les chutes de température. Apéro express, car on se gèle les pieds encore chaussés de sandales. Nuit tranquille, sommeil profond grâce à l’oxygène et la « désertitude » des lieux.

 

Mercredi 9 septembre

Tenté de visiter la presqu’île de Gemlik, en face d’Istanbul. Sommes revenus sur nos pas: les bords des routes sont des dépotoirs malodorants et les plages regorgent les détritus de la mer et de poubelles. Le long de la mer de Marmara, il y a des endroits idylliques, mais …

 

Jeudi 10 septembre

Cap sur Canakkale et ferry pour traverser le détroit des Dardanelles afin de rejoindre Eceabat puis la mer Egée. Bivouac sous les pins dans un « PikNik Alani » (aire de pique-niques). Comme les employés communaux procédaient à son nettoyage, nous avons dû déménager notre bivouac, avec l’aide spontanée de ces nettoyeurs pour transférer tables et chaises, de quelques mètres afin de leur laisser le champ libre. Vraiment serviables!

 

Vendredi 11 septembre

Tour de la presqu’île de Gallipoli et recher-ché camping ou bivouac. Décevant, tant la saleté et les détritus sont repoussants. Enfin trouvé un refuge sommaire entre une route passante et une mer de Marmara prolixe en méduses … .


Samedi 12 septembre

Courte étape par Corlu pour atteindre Kiyiköy à travers des forêts si denses, qu’on dirait la jungle. C’est une petite cité sur la mer Noire, peu touristique et sans grand intérêt, si ce n’est sa porte d’entrée qui se découpe dans un reste de muraille. Au retour, arrêt dans un « Piknik Alani ». Restaurant à midi sous une pluie battante, la première vraiment sérieuse depuis notre départ! Buffles gardés par un berger et deux puissants kangals.


Dimanche 13 septembre

Etape sur Edirne où nous retrouvons le camping Omür; les vacances en Turquie se terminent là où elles ont commencé.

Ci-dessous, quelques photos de Josiane pour ces quelques jours … :

PAMUCAK – Sur la plage (04.09.2015/Jo)
PAMUCAK – La plage (04.09.2015/Jo)
PAMUCAK – La plage (04.09.2015/Jo)
Presqu’île de KARABURUM – (05.09.2014/Jo)
Presqu’île de KARABURUM – (05.09.2014/Jo)

TURQUIE – QUELQUES EXTRAITS DU JOURNAL DE BORD

D’Islande, dans leur dernière lettre, nos amis Annie et Pierre nous signalent aujourd’hui un « été exceptionnel », basses températures en juin, abondance inhabituelle de pluie en août et de mauvaises prévisions pour le début septembre. On les envie quand même un peu: ici, en Turquie, depuis un mois, c’est l’opposé; des chaleurs inhabituelles de quelque 40° pratiquement tous les jours nous obligent à chercher des bivouacs en altitude!

Notre dernier message vous a été envoyé depuis la Cappadoce, en Anatolie centrale, où nous avons passé plusieurs jours.

Quelques extraits du journal de Micheline depuis ces moments-là:

Lundi 24 août

Journée lessive, « service de parc » et … repos.

Mardi 25 août

Visite du musée en plein air de Göreme, ses églises peintes et ensembles monastiques chrétiens  creusés dans la roche; la cité souterraine de Derinkuyu et ses vendeuses de poupées qui nous réceptionnent et nous assaillent  de « welcome Madame », vantant leurs souvenirs à coup d’arguments incompréhensibles. Elles confectionnent, assises à même le sol, les costumes rutilants qui habillent ces drôles de marionnettes. C’est tout un spectacle! …

Göreme – Karanlik Kilisesi

Mercredi 26 août

Citadelle d’Uçhisar avant les bus touristiques… Arrêt gourmet dans une locanta villageoise à l’abri des flots des amateurs de selfies! Excellent! On a même pu emporter les verres de terre cuite de Cappadoce.

Uçhisar – la Citadelle

Uçhisar – « Appartement » sous la citadelle

Vendredi 28 août

Visite de la vallée des « Cheminées des fées » et thé sur la terrasse qui surplombe le canyon.

Göreme – Cheminées des fées

Samedi 29 août

Quitté notre camp Kaya à Göreme pour Aksaray et Konya. Des collines au loin et une morne plaine, cultivée et, semble-t-il, fertile nous accompagne tout au long du trajet. Le vent soulève la terre sèche des champs et embrume notre horizon. … Lors de notre arrêt à midi, en bordure d’un champ, des paysans nous ont offert du lait et une pastèque. Sympa comme tout!

Dimanche 30 août

Arrêt à la mosquée seldjoukide de Beysehir, construite en 1294, et en bois de cèdre. Une mariée en somptueuse robe blanche en sortait au moment de notre arrivée. …

Beysehir – mosquée construite en 1294!

Lundi 31 août

Trajet en direction de la mer (Manargat, Antalya). … Le thermomètre approche des 40°. Succession d’hôtels, circulation dense, tourisme omniprésent. Bref c’est aussi la Turquie, mais pas celle que nous aimons. … Arrêt au col de Gögübeli à 1850 m d’altitude parmi les nombreux bergers surveillant chèvres et vaches, et accompagnés de chiens portant des colliers à piques anti-loups.

Mardi 1er septembre

Pamukkale et ses cascades blanches de sel calcaire : renoncé à la visite vu les parkings pleins à craquer et le surpeuplement touristique. Trouvé une « Pansyon-Camping » à Karabayit et posé les pneus dans le jardin. Piscine thermale ! Correct pour un camping turc. Encore des Turcs ayant émigré en Allemagne et de retour au pays. On peut au moins se comprendre. Il y avait même, en vacances avec sa smala, un Turc travaillant en Italie et qui parlait parfaitement la langue de Dante.

Mercredi 2 septembre

Après un stage de 2h1/2 dans un garage Mercedes à Denizli (contrôle du niveau d’huile du pont avant dont le joint spy du nez perd) nous rejoignons le col Komürcü (1’000 m) par une jolie route, étroite mais peu fréquentée qui serpente entre les cultures de châtaignes et de figues pour rejoindre le bivouac au pied de deux éoliennes. Petit vent agréable et air enfin respirable sans camions et sans poussière. Beau panorama.

Col de Komürcü sous les éoliennes (on y dort très bien, bercé par la mélopée des éoliennes!)

A bientôt!

TURQUIE – QUELQUES IMPRESSIONS DES TROIS PREMIÈRES SEMAINES

Partis le 3 août dernier, nous avons allègrement traversé le nord de l’Italie, la Slovénie, la Croatie, la Serbie et la Bulgarie pour rejoindre notre pays de destination. La chaleur, que l’on qualifie de caniculaire sous nos latitudes (33° à plus de 42°) mais qui semble être normale pour les Turcs, nous accompagne depuis notre départ. Quelques gouttes, éparses et rares, dispensées chichement par de petits nuages capricieux n’ont apporté aucune fraîcheur! Sinon moralement!

Le tourisme est rare, les hôteliers et commerçants turcs se désolent: les vacanciers, selon leurs dires, sont gens timorés. Il est vrai que si les zones frontières Est et Sud sont déconseillées, le reste de la Turquie, et c’est immense, demeure accueillant et sûr.

Nous sommes, à l’heure où nous mettons « sous presse », en Cappadoce (Göreme) pour quelques jours. Arrêt bienvenu, après trois semaines de nomadisme. Avant d’arriver en Anatolie centrale, nous avons découvert une petite route qui longe la Mer Noire, serpentant sur des côtes très découpées et surplombant une mer d’huile. Route sauvage et non touristique à souhait, mais rendue dangereuse par la conduite des chauffeurs du coin!

La Turquie est toujours aussi accueillante, et les Turcs toujours aussi curieux. D’où vient-on, où va-t-on, comment trouve-t-on leur pays, bref, ce sont les questions qu’en anglais écorné, en allemand approximatif, ou alors par gestes, nous posent les autochtones. Une fois satisfaits de nos réponses, nous recevons des fruits de leur jardin.

L’Anatolie centrale offre des paysages spectaculaires, agrémentés de cols flirtant avec les 2000 m. d’altitude, des étendues plates entre les montagnes, où la couleur jaune-paille domine, juste agrémentée par quelques taches vertes là où l’eau est présente. Les vaches, chèvres et moutons se régalent de cette herbe sèche, ne laissant que des touffes de chardons piquants et de bourrache-velcro. On dirait que ces bêtes sont vouées à ne manger que du foin bien sec, que ce soit dans les pâturages ou dans leur étable.

Les marchés, par contraste, sont colorés et bien approvisionnés. Légumes et fruits sont légion en cette saison. Et absolument délicieux. Ils ne mûrissent pas dans les camions! Ils sont de la région, voire du village d’à côté.

Nous vous souhaitons le meilleur!

Amicalement.

 

15.08.2015 – AMASYA autrefois capitale du royaume du Pont (photo M)
15.08.2015 – AMASYA (photo D)
18.08.2015 – ERZURUM nausolée seldjoukide (photo D)

22.08.2015 – NEMRUT DAGI (photo J)

PROCHAIN DÉPART POUR LA TURQUIE!

Bonjour à tous,

Cette année, nous avons préparé notre prochain voyage en Turquie, Géorgie et Arménie; le départ était prévu au tout début août. Nous partirons, mais …

La situation politique en Arménie n’est pas des plus stable, un peu comme en Ukraine il y a quelques mois, des manifestations sporadiques éclatent (on parle de « Maïdan arménien ») et les garnisons russes dans le pays sont, paraît-il, en état d’alerte!

Pour arriver en Arménie par la route, depuis la Turquie, il faut passer par la Géorgie. Ici aussi, la situation n’est pas des plus favorable. Les gardes-frontière russes en Ossétie du sud « déplacent » la frontière géorgienne, … manifestations contre la Russie, etc. Dans le nord – est, région que nous avions prévu visiter, des groupes islamistes s’intéressent aux rares touristes. Difficultés administratives aussi: deux ressortissantes françaises privées de leur passeport durant 10 jours et condamnées à EUR 2’500.- d’amende pour possession de Dafalgan codéine. Dans la pharmacie commune de voyage, nous avons quelque cinq médicaments figurant sur la liste des substances interdites en Géorgie. Alors, …

Pour le moment, nous renonçons donc à visiter ces deux pays et approfondirons nos connaissances sur la Turquie.

A bientôt, une « carte postale » de Turquie.

DES RÉCITS DE VOYAGES …

Bonjour à tous,

Nous voici de nouveau en route, pas très loin, dans le sud-ouest français. Après la Mongolie, nous désirions « faire une pause ». Cette année, nous renonçons à vous parler de « notre » voyage. Mais, …
En 2009, en Turquie à plus de 2’000 m d’altitude, sur le Nemrut Dag, nous avons rencontré un couple de Français qui, comme nous, voyageait à bord d’un 4×4. Il partait en Iran …

L’année précédente, il sillonnait les pistes de la Terre de Feu avec leur Toyota surmonté d’une cellule Azalaï, et l’année suivante, toujours seul et après avoir traversé la Sibérie, il découvrait la Mongolie, y retournait un an plus tard en été par la route et en hiver par avion.

En 2012 et 2013, il parcourait l’Afrique du Sud pour nous ramener, comme toujours, de magnifiques photos présentées dans d’impressionnants montages audio-visuels.

Le 9 juillet dernier, Annie et Pierre Régior nous annonçaient leur départ pour un voyage de quatre mois à la découverte de la Géorgie et de l’Arménie ainsi qu’à la redécouverte de la Turquie de l’Est. Nous citons leur courriel du mois dernier juste avant de partir:

 

« … La route jusqu’en Turquie, nous l’avons parcourue une première fois en 1974 lors d’un voyage en Afghanistan à bord d’une ancienne ambulance militaire américaine de marque Dodge datant de 1949 ! Les performances du véhicule étaient modestes, sa consommation excessive, son confort rustique. Notre route avait traversé le nord de l’Italie, l’ex-Yougoslavie, la Bulgarie et fait étape à Istanbul avant de s’enfoncer dans les mystères magnifiés de l’Asie des années Katmandou.

Depuis cette longue échappée, nous avons pris goût à la liberté qu’offre une monture préparée longuement, chargée de tout le nécessaire et d’un peu de superflu.
 

De la Turquie, nous aurons plaisir à retrouver les matinées lumineuses, l’accueil, les pauses accompagnées de thé, d’abricots juteux, de pastèque. Mais c’est la part d’ombre de ce grand pays qui nous attire plus particulièrement dans ce voyage, cette mémoire engloutie, niée, celle de la présence arménienne et du génocide de 1915. Des traces existent en Anatolie, enfouies dans les mémoires, dans le huis clos des familles, dans les ruines des églises. Ces traces presque invincibles nous les suivrons jusqu’en Arménie, jeune et minuscule État rescapé d’une grande civilisation. C’est dans ce pays que nous passerons l’essentiel de ce voyage. La Géorgie en sera une étape avec en toile de fond les crêtes enneigées de la chaîne du Caucase.

 Chaque mois, nous vous enverrons un récit des étapes parcourues et de nos rencontres.  … »
 

Ils sont maintenant en Arménie et nous ont autorisés à vous présenter leurs récits de voyage. Un grand merci à eux!

 Bonne lecture.
 

11.08.2014

A 6’000 KM DE VOUS …

Première lettre de notre voyage en Arménie. Nous reprenons l’habitude de nos précédents périples : vous raconter des moments vécus, des impressions fugaces ou durables qui ponctuent nos voyages.

Un mois sur la route, 6 500 km parcourus, 9 frontières franchies… Les chiffres froids pour une route chaude sur le goudron fondu du plateau anatolien, dans les vallées étroites de la chaîne du Caucase, dans les draps moites des premières nuits arméniennes.

Nous avons roulé sans étape remarquable jusqu’au Lac de Van, dans l’extrême-est de la Turquie, non loin de la frontière iranienne. Nous aurions pu trouver plus court chemin pour gagner l’Arménie mais nous voulions revisiter, sur l’île d’Akhtamar, la belle église de pierre dorée qui domine le bleu du lac. Ce joyau est un des rares témoignages tolérés par les Turcs de la présence des Arméniens qui peuplaient cette terre s’étendant de la Méditerranée à la Mer Noire et à la Mer Caspienne. Cette étape, celles de Kars et d’Ani plus au nord, n’avaient d’autres buts que de nous préparer à la découverte de l’actuelle Arménie dont nous n’avions, lors d’autres voyages en Turquie, qu’effleuré la frontière.

L’Histoire de l’Arménie se résume souvent au génocide de 1915. Quelques mots sur cette tragédie qui débute à la fin du 19ème siècle pour se poursuivre quelques années encore après la  première guerre mondiale. Un décompte effrayant : plus d’un million de victimes de pogroms, d’exécutions sommaires et de déportation poussant jusqu’à la mort des centaines de milliers d’Arméniens vers le désert au sud de L’Euphrate. Un tiers de la population de l’espace turc actuel était, avant le génocide, arménien. N’y subsistent aujourd’hui que quelques milliers des descendants le plus souvent islamisés.

C’est que le peuple arménien, le premier à avoir adopter le christianisme comme religion d’État, a sans doute pris racine au mauvais endroit, à la croisée de puissances auxquelles il ne pouvait durablement résister : Arabes, Perses, Mongols, Ottomans, Russes.

Les rescapés du génocide de 1915 ont émigré en France et aux États-Unis. Ils possèdent également un État grand comme un région française et peuplé de 3 millions d’habitants, coincé entre Turquie, Géorgie, Azerbaïdjan et Iran.

  Les relations entre l’Arménie et ses voisins sont compliquées : la frontière avec la Turquie restera fermée aussi longtemps que le problème de la reconnaissance du génocide n’aura pas trouvé un début de solution. De 1991 année de son indépendance, jusqu’en 1995, l’Arménie a été en guerre avec l’Azerbaïdjan à propos du Haut-Karabagh. Depuis 1995, une « paix armée » fige la frontière de cette partie de l’Azerbaïdjan rattachée à l’Arménie. Les partenaires privilégiés de l’Arménie sont la Russie (l’enseignement du russe est obligatoire dans les écoles arméniennes) et l’Iran qui a trouvé dans les échanges avec son petit voisin, un moyen de contourner l’embargo occidental.
 

3 faits ont décidé de ce voyage : l’importante diaspora arménienne dans notre région qui a toujours suscité pour nous une curiosité pour cette culture ; nos séjours successifs dans l’Est turc où plane « le fantôme arménien » et l’envie de découvrir ce que cachent les « images d’Épinal » de ce pays : les belles églises de pierre dans l’ombre tutélaire du Mont Ararat.

 Voici dix jours, par un matin froid et brumeux, nous passions, à 2 000 m d’altitude, le petit poste frontière séparant la Géorgie et l’Arménie. De chaque côté de la ligne de crête, une route défoncée.
 

Notre première étape arménienne : Gyumri. Le mauvais état des routes n’est pas la seule difficulté d’un voyage ici ; les habitants de l’Arménie parlent l’arménien oriental et le russe, langues que nous ne connaissons pas. Pour surmonter cette difficulté, nous avions pris, avant notre départ, des contacts avec des Arméniens francophones. Dès notre arrivée à Gyumri, avant-même nos premiers rendez-vous, nous sommes interpelés amicalement par des gens parlant quelques mots de notre langue. Certains ont vécu en France, d’autres y ont des parents, d’autres encore ont étudié au lycée français de la ville. C’est que des liens forts existent entre l’Arménie et la France depuis des siècles renforcés par la venue dans notre pays de rescapés du génocide. Dès le premier jour, nous percevons cette proximité affective.

Les événements récents survenus à Gyumri donne la mesure des catastrophes qui jalonnent l’Histoire arménienne. 7 Décembre 1988, 11 h 40. L’Arménie est encore une république soviétique isolée au sud de L’URSS. Gyumri est la seconde ville du pays avec 280 000 habitants et ses grandes usines de textile. En quelques minutes, la ville est détruite par un tremblement de terre provoquant la mort de 30 000 personnes.

Dimanche midi, température 40°. Nous sommes attablés devant un plat de feuilles de vignes farcies agrémenté de fromage blanc, d’une salade de tomates et de concombres et des crêpes à la viande. Martin notre hôte était directeur de l’école française de la ville au moment du séisme.  Il ne sait par quel hasard, il a été dégagé vivant du bâtiment  effondré abritant l’école. Sa femme et ses deux enfants ont eux perdu la vie dans la maison où ils attendaient Martin pour le repas.
 

26 ans plus tard, Gyumri porte encore les traces du séisme. La population n’est plus que de 70 000 habitants car une seconde catastrophe a touché la ville suite à l’indépendance de l’Arménie en 1991 : l’industrie textile, grande pourvoyeuse d’emplois, a perdu l’ensemble des débouchés vers les républiques de l’ex-empire devenues indépendantes.

Gyumri est une ville somnolente à la croisée de l’Occident et de l’Orient. Dans les venelles du marché aux senteurs d’épices et de fruits, les marchands jouent au jacquet. Nous retrouvons ici l’atmosphère des bazars de l’Iran voisin. Plus loin, en bordure de la vaste place cernée de bâtiments à l’architecture soviétique, quelques cafés sont installés dans l’ombre bienveillante : torpeur méditerranéenne…

 Pendant quatre jours, nous avons découvert Erevan dans une chaleur étouffante.  Nos contacts francophones dans la capitale ont facilité les formalités administratives liées à la durée inhabituelle de notre séjour : mélange d’organisation soviétique, de nonchalance orientale et de gentillesse arménienne. Hier, nous avons pris de l’altitude et goûtons avec bonheur la fraîcheur des bords du lac Sevan.

Nous vous embrassons.

Annie et Pierre
 
 

05.09.2014

SUR LES PENTES DU MONT ARAGATZ

Vous avez bien lu : cette lettre a pour cadre le Mont Aragatz, point culminant de l’Arménie à 4 091 m.

Peut-être avez-vous pensé au Mont Ararat, symbole de l’Arménie, que les soubresauts de l’Histoire ont placé en Turquie autant dire pour les Arméniens du mauvais côté de la frontière…
 

Après quelques jours passés dans la douceur de la rive du lac Sevan, nous avons retrouvé la fournaise de la Capitale. Erevan est une ville plaisante aux larges avenues, aux nombreux parcs et à l’architecture de tuf brun, beige et rosé. Mais l’été y est étouffant et la ville ne s’anime qu’au crépuscule lorsque, sur les trottoirs encore brûlants, les gens déambulent en quête d’une fraîcheur qui ne viendra pas.

Puis nous avons repris de la hauteur en escaladant les pentes du Mont Aragatz à trois heures de la Capitale. Les distances sont courtes dans ce pays mais les routes sont si tortueuses et bosselées qu’un déplacement se mesure au temps nécessaire pour le parcourir.
 

Trois heures donc, par des pentes en lacets serrés qui nous transportent de 1 000 à plus de 3 000 m, de la chaleur des rues à l’âpreté des pâturages et de la rocaille, de l’élégance racoleuse des urbains à la vie rude des bergers. La montagne de l’Aragatz, c’est le royaume des Kurdes yézidis, petite communauté originaire d’Irak qui a essaimé dans tout le Moyen-Orient. Contrairement aux autres Kurdes, les Yézidis ne sont pas musulmans mais héritiers du paganisme des anciens Perses. Ils sont 30 000 en Arménie qui vivent d’activités pastorales. Nous rencontrons les premières familles à partir de 2 500 m d’altitude. Un camp se compose d’une vaste tente servant de lieu communautaire, de cuisine et d’atelier pour la confection du fromage, d’une roulotte aux allures de petit wagon utilisée comme chambre à coucher par les trois générations qui cohabitent. Autour, la terre battue et un enclos où les animaux sont rassemblés pour la nuit.

Pour échanger avec les bergers, il faut passer le barrage des chiens, molosses aux oreilles coupées qui protègent le bétail des attaques des loups. Leurs aboiements font sortir de la tente deux femmes occupées à préparer le panir, le fromage de brebis. On nous invite sous la grande toile pour un café, un verre de vodka, une tomate, un concombre, le pain et le fromage. Nous nous apprêtons à prendre congé lorsque qu’arrive de la plaine une famille venue échanger ses produits : prunes, raisin et légumes contre fromage. La proximité des agriculteurs permet aux Yezidis un échange sans intermédiaires. On reprend place sur les chaises bancales pour un nouveau repas et une nouvelle rasade de vodka… Le soir venu, les troupeaux reviennent au campement et la traite commence avec en fond de scène le sommet enneigé de l’Ararat nimbé dans la chaleur de la plaine. 
 

À 3 200 m, la route se termine à l’entrée d’une ancienne base militaire soviétique parfaitement identifiable par le désordre des hangars effondrés et des poteaux rouillés laissés en héritage. Ici débute le sentier qui permet, en quelques heures de marche, de gagner le sommet de l’Arménie.

Nous campons par une belle nuit étoilée et une température de 7° : un vrai luxe à s’offrir dans l’été étouffant du Sud-Caucase.
 

Lorsque nous redescendons vers la plaine nous multiplions les étapes pour jouir quelques moments encore de la limpidité de l’air.

Hovannès s’installe chaque été, avec famille et abeilles, sur les pentes de l’Aragatz à 2 200 m d’altitude. Son campement avec tente et roulotte ressemble à celui des voisins « du dessus », les bergers yézidis. Ici pas de troupeau mais une trentaine de ruches bourdonnantes qui produisent le miel qu’Hovannès vend aux gens de passage. Sa fille connaît quelques mots d’anglais, bien assez pour comprendre l’invitation qui nous est faite de partager le repas de la famille. Tomates et concombres parfumés de coriandre, de menthe, de persil et d’oignons tendres, fromage, ragout de poulet, pastèque et miel, le tout accompagné du lavash, le pain arménien, galette fine et craquante comme un biscuit.
 

Notre route est semée de ces rencontres qui sont le premier bonheur du voyage : presque chaque jour, nous sommes invités à partager un repas et quittons nos hôtes les bras chargés de légumes, de fruits, de miel, le cœur tout remué de tant de gentillesse.

 Depuis un mois nous découvrons l’Arménie. Dans quelques jours, nous serons dans le Haut-Karabagh, petit territoire peuplé majoritairement d’Arméniens que Staline dans son machiavélisme maladif avait rattaché à l’Azerbaïdjan musulman. Lors de l’effondrement de l’empire soviétique, les Arméniens du Karabagh aidés de leurs frères d’Arménie se sont soulevés et ont obtenu une indépendance qu’aucun État au monde ne reconnaît. Nous avons noué des contacts au Karabagh qui nous font espérer de belles découvertes. Nous vous parlerons dans la prochaine lettre.
 

Annie et Pierre

 

PS. Depuis notre rencontre avec les bergers de l’Aragatz, nous avons appris que les Yézidis étaient massacrés en Irak. Dans un journal arménien, deux photos ont été mises en parallèle : la première date de 1915 et montre la fuite de villageois arméniens d’Anatolie devant la charge de soldats ottomans ; le second cliché date de quelques jours. C’est celui de la détresse de bergers yézidis irakiens face aux crimes des intégristes musulmans pour qui la religion n’est que le prétexte à leur folie sanguinaire.

Dès que nous disposerons de nouvelles lettres ou courriels de nos amis, nous vous en ferons part. Bonne lecture!

À bientôt

Syrie – Jordanie, Belen en Turquie (N d’Antioche)

N 36.48137° / E 036.21878° alt 794m. Grand beau, températures diurne 22°- 24° et nocturne 10°- 12°. 9096 km parcourus.

Ce soir, nous bivouaquons en Turquie à quelques kilomètres de la frontière turco-syrienne, sur un pâturage près d’un site éolien, avec l’aimable autorisation du service de sécurité de ce dernier, au plat, au vert (il y a longtemps que cela ne nous était pas arrivé!) et à l’abri du vent. Et, cerise sur le gâteau, c’est propre!

Nous ne vous conterons pas les péripéties, la désorganisation organisée et l’ineptie des services frontaliers (ils feraient se tordre de rire un garde-frontière de première année chez nous), sauf pour dire qu’Hyksos nous a fait économiser plusieurs heures de palabres. En effet, chaque fois qu’un douanier ou un policier, jordanien ou syrien, voulait visiter le véhicule (entre trois à quatre fois par passage de frontière), ils demandaient d’ouvrir les portes arrière du véhicule (pour enfin comprendre qu’il s’agissait d’un véhicule d’habitation) et ensuite la porte latérale, ce que nous nous empressions de faire sachant que le museau d’Hyksos serait présent juste derrière la porte. Il n’en fallait pas plus pour que les fonctionnaires de service reculent de trois mètres en éclatant de rire, pour cacher leur peur instinctive des chiens, appellent leurs collègues pour voir la « bête », demander l’âge et le poids du canidé (il est clair que les collègues se moquaient de celui qui avait eu peur), dire que c’était un « beautifull police dog » et, sans hésiter une seconde de plus, tamponner le document ou le « papier » nécessaire. On pouvait avancer au prochain « guichet »! Certains nous ont demandé si Hyksos avait un passeport, pour rigoler et manifestement sans savoir que cela existait! A la présentation du document, l’hilarité était générale. Tiens un passeport pour chien, avec sa photo et plein de tampons et de signatures. « Ils sont fous ces européens! » Au moins, la bonne humeur régnait, pour les fonctionnaires et, surtout, pour nous qui avions besoin d’évacuer le stress.

Revenons à notre voyage. La Syrie du NW est magnifique et les sites archéologiques ou autres sont très nombreux. Impossible de tous les visiter. Les Syriens, hommes, femmes et enfants sont adorables de gentillesse et de prévenance… sauf quand ils sont « au volant »! Durant notre périple de plusieurs milliers de kilomètres dans ces deux pays du Moyen-Orient, nous n’avons vu qu’un seul accident grave et deux « touchettes » (en Syrie). Ce n’est presque pas croyable!

Nous avions l’intention de visiter, à Damas, le musée national d’archéologie. Après avoir « tourné » durant plusieurs heures tôt le matin dans ses environs à la recherche d’une place de parc, nous avons renoncé. Dommage! Il n’existe aucun parking pour les visiteurs du musée et, surtout, pour le site de la « Foire internationale de Damas », sise juste à côté. Des centaines de taxis et de microbus tournent, klaxonnent, empruntent à l’envers les sens uniques; les grands bus touristiques « déchargent » leur clientèle en deuxième, voire troisième position, quand ce n’est pas au milieu d’un carrefour.

C’est aussi à Damas qu’un petit rigolo a réussi à « planter » une vis auto-taraudeuse dans ma roue avant gauche. C’est le seul incident négatif de ce voyage en matière de sécurité.

Après la réparation du pneu, nous avons repris la route du désert et, via le monastère de Mar Moussa, (communauté de moines dirigée par un jésuite italien ordonné prêtre de rite syriaque catholique,… tout un programme…) rejoint le Krak des Chevaliers.

Selon Laurence d’Arabie, « le plus admirable de tous les châteaux du monde » a su défier le temps. Son état de conservation est extraordinaire. Nous y avons rêvé plusieurs heures et bivouaqué au pied de l’un de ses donjons.

Puis, dans l’ordre, mais sans vouloir vous abreuver de géographie, nous avons passé la nuit sur un parking de Jablah, en bord de mer, après avoir été éjectés de la plage par les garde-côte. Jours suivants, visite de la forteresse de Saladin, d’Apamea (les restes sont imposants), nuitée à Al Bara en cherchant Serjilla et ne la trouvant pas, partagé le thé de bienvenue avec une famille syriennne dont l’une des filles avait été opérée du cœur en France, deux jours de camping chez une Belge mariée à un Syrien, portant foulard et longue robe et, last but not least, parcouru la Basilique de St-Siméon le styliste (non, non, pas celui qui a créé la mode, mais celui qui resta 40 années sur une colonne, n’en resdescendant jamais et poursuivant une ascèse du tonnerre de Dieu!!!). Le batistère a des airs de super-marché: c’est qu’on y baptisait à la chaîne, au suivant, au suivant, par ici M’sieurs-dames, allons allons, on ne ralentit pas le convoi. On imagine ces pélerins abandonnant tout, venant de fort loin, épuisés, appauvris, renonçant aux biens de ce monde, afin d’être baptisés en ce monastère, pour confirmer et pour affirmer une foi inébranlable et pour jurer fidélité à la chrétienté. On pense presque au hadj et à la Kabba!

J’allais oublier: Pour visiter Aleppo et après les expériences d’Amman et Damas, nous avons laissé le véhicule au camping sous la garde d’Hyksos et pris un microbus pour les trente kilomètres à parcourir jusqu’au souk. Expérience traumatisante! Neuf places et entre 12 et 15 personnes; 100 km/h dans les bouts droits; un chauffeur qui rêgle sa radio, discute avec un passager au fond du véhicule, prend et rend la monnaie des deux mains, regarde en arrière si tout le monde s’est acquitté de son dû; dépasse à droite; prend un sens unique à l’envers et ne s’occupe pas des feux rouges; plante les freins parce qu’un voyageur a demandé l’arrêt et … nous sommes quand même arrivés sains et saufs. Pour l’adrénaline, meilleur que le saut à l’élastique. Bravo et tout ça pour moins de un CHF pour les deux!

Comme dit ci-dessus, nous avons retrouvé la Turquie, qui nous semble être un pays de Cocagne après le Moyen-Orient, et nous longerons les côtes des mers Méditéranéenne et Egée. Si le temps reste aussi clément, nous ne nous presserons pas de rentrer … pour peller la neige tombée en abondance selon les dernières nouvelles.

A bientôt.

Monastère chrétien de Mar Mousa
Le Krak des Chevaliers depuis notre bivouac
et le même
La rue principale de la cité d’Apaméa (2 km)

 

Les souk d’Aleppo

Basilique de Saint Siméon

 

Marché d’Ad Dana